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Compte joint à l’étranger : que devient l’argent au décès d’un époux ?
Publié le 14 octobre 2026 · 8 min
Un compte joint ouvert à l’étranger pose deux questions distinctes au décès d’un époux : qui peut encore s’en servir, et à qui appartient l’argent. La convention de compte répond à la première, le régime matrimonial et la loi de la succession à la seconde.
Au décès d’un époux, le survivant peut en général continuer à utiliser le compte joint, mais l’argent ne lui appartient pas pour autant en entier. Deux questions se séparent : qui peut faire fonctionner le compte, ce que fixe la convention signée avec la banque ; et à qui appartiennent les sommes, ce que fixent le régime matrimonial puis la loi de la succession.
À l’étranger, certaines conventions prévoient un droit de survie : le survivant devient alors seul titulaire, et ce transfert se fait en dehors de la succession, ce qui ne supprime ni les droits des héritiers ni l’impôt.
Utiliser le compte et posséder l’argent : deux questions
En France, la convention de compte prévoit en principe que le compte joint reste ouvert après le décès d’un titulaire, sauf opposition de ses héritiers, et qu’il devient le compte du survivant. La part qui appartenait au défunt se détermine au moment du règlement de la succession ; si le solde est négatif, la banque peut demander au survivant de le régler en entier, comme le résume la fiche « Que devient un compte bancaire en cas de décès ? » ↗ de service-public.fr.
Pouvoir retirer l’argent ne dit donc pas à qui il appartient. Pour le savoir, le notaire part du régime matrimonial du couple : en communauté, les sommes communes se partagent par moitié avant la succession ; en séparation de biens, chacun reprend ce dont il prouve être seul propriétaire, et le reste est présumé appartenir aux deux, chacun pour moitié (article 1538 du code civil). Pour un couple installé à l’étranger depuis longtemps, ce régime a pu changer en cours de route, comme l’explique l’article sur le changement automatique du régime matrimonial.
Le droit de survie prévu par certaines conventions étrangères
Dans plusieurs pays, un compte peut être ouvert à deux noms avec un droit de survie, souvent appelé « joint account with right of survivorship » ou « joint tenancy » : au décès d’un titulaire, l’autre devient seul titulaire de l’ensemble, sans passer par la succession. Pour savoir si votre compte en comporte un, relisez la convention signée à l’ouverture : la clause porte le plus souvent la mention « with right of survivorship » ou « joint tenants ».
Son absence ne suffit pas à conclure, car certains droits attachent la survie aux comptes joints sans clause expresse ; dans les deux cas, faites confirmer par un avocat du pays où le compte est ouvert ce qu’elle produit dans votre situation, car c’est le droit de ce pays qui s’applique à la banque.
Le règlement européen sur les successions laisse ce transfert hors de son champ : son article 1er exclut « les droits et biens créés ou transférés autrement que par succession », notamment par « la propriété conjointe avec réversibilité au profit du survivant ». Mais il réserve un point essentiel : la loi de la succession décide si de tels transferts doivent être rapportés ou réduits pour calculer les parts des héritiers (article 23, paragraphe 2, point i, et considérant 14 du règlement (UE) n° 650/2012 ↗).
Lorsque la loi applicable à la succession protège des héritiers réservataires, comme la loi française protège les enfants, ceux-ci peuvent donc demander que le compte transmis au survivant soit pris en compte, si cette loi qualifie ce transfert de libéralité ; la qualification se tranche avec le notaire.
Les questions communes aux deux comptes
- Qui peut faire fonctionner le compte après le décès ?
- À qui appartenaient les sommes selon le régime matrimonial ?
- Quelle loi régit la succession, et protège-t-elle des héritiers réservataires ?
- Quel pays taxe la transmission ?
| Critère | Compte joint en France | Compte avec droit de survie à l’étranger |
|---|---|---|
| Après le décès | Compte joint en FranceLe compte reste ouvert au nom du survivant, sauf opposition des héritiers (convention de compte). | Compte avec droit de survie à l’étrangerSi la convention signée à l’ouverture contient une clause de survie, la banque transfère l’ensemble au survivant, qui devient seul titulaire. |
| La succession | Compte joint en FranceLa part du défunt entre dans la succession et se partage selon la loi applicable. | Compte avec droit de survie à l’étrangerLe transfert se fait hors succession ; la loi de la succession peut en demander le rapport ou la réduction. |
| L’impôt français | Compte joint en FrancePour les comptes visés à l’article 753 du CGI, les sommes sont présumées appartenir au défunt pour sa part, sauf preuve contraire. | Compte avec droit de survie à l’étrangerLes droits de succession français s’appliquent selon l’article 750 ter du CGI ; l’article 753 ne vise que les dépositaires de l’article 806 I. |
| À vérifier | Compte joint en FranceLa convention de compte et l’origine des fonds de chacun. | Compte avec droit de survie à l’étrangerLa présence d’une clause de survie dans la convention, et les pièces que la banque demandera pour transférer les fonds. |
Dans les deux cas, le régime matrimonial dit d’abord ce qui appartenait au défunt ; la convention de compte organise ensuite l’accès à l’argent, et la loi de la succession comme l’impôt décident de ce que chacun doit au final. Un droit de survie simplifie l’accès du survivant aux fonds ; le calcul des parts reste celui de la succession.
L’impôt de succession
Le transfert hors succession ne fait pas disparaître l’impôt. En France, les droits de mutation par décès s’appliquent selon l’article 750 ter du CGI, qui tient compte de la résidence du défunt, de celle des héritiers et de la situation des biens.
Pour les comptes collectifs avec solidarité tenus chez les dépositaires qu’il désigne, l’article 753 du CGI ↗ présume que les sommes appartiennent à chaque titulaire pour une part égale, sauf preuve contraire tirée du contrat de dépôt ou d’un acte daté ; son application à un compte tenu par une banque étrangère est à examiner au cas par cas, et le pays du compte peut aussi taxer la transmission selon ses propres règles.
Ce qu’il faut préparer de son vivant
- Relire la convention de chaque compte joint : contient-elle une clause de survie (« right of survivorship », « joint tenants ») ?
- Garder la trace de l’origine des fonds versés par chacun, surtout en séparation de biens.
- Vérifier le régime matrimonial du couple et, si nécessaire, la loi qui le régit aujourd’hui.
- Faire coïncider le compte avec le testament et le choix de loi successorale : un droit de survie peut contredire un partage prévu ailleurs.
- Prévoir pour le survivant une somme disponible à son nom, utilisable pendant le règlement de la succession.
Le dernier point rejoint la question de la réserve disponible, traitée dans l’article sur l’épargne de précaution d’un expatrié : si les comptes du défunt sont bloqués ou si les héritiers s’opposent au fonctionnement du compte joint, le survivant doit pouvoir payer ses dépenses pendant plusieurs mois.
Vous détenez des comptes à deux noms dans plusieurs pays, avec des enfants d’une précédente union ou un testament français ? Chaque compte peut suivre une règle différente, et le résultat ne se voit qu’en les rapprochant. Le premier échange avec le cabinet permet de relever vos comptes, leurs conventions et vos dispositions, avant d’en parler avec votre notaire et, si besoin, un avocat du pays du compte.
Références citées
CGI, art. 753 · CGI, art. 750 ter · Code civil, art. 1538 · Règlement (UE) n° 650/2012 · Règlement (UE) n° 650/2012, article 1er, paragraphe 2, point g, article 23, paragraphe 2, point i, et considérant 14 · Code général des impôts, article 753 · Service-public.fr, que devient un compte bancaire en cas de décès ? (F1451)
Questions fréquentes
Le conjoint survivant peut-il continuer à utiliser un compte joint ?
En France, oui en principe : la convention de compte prévoit que le compte joint reste ouvert au nom du survivant, sauf opposition des héritiers du défunt. Pouvoir utiliser le compte ne veut pas dire posséder tout l’argent : la part du défunt se détermine au règlement de la succession. À l’étranger, relisez la convention signée à l’ouverture : si elle contient une clause de survie, le survivant devient seul titulaire de l’ensemble ; sinon, la banque attend en général les documents de succession exigés dans son pays.
Qu’est-ce qu’un compte joint avec droit de survie ?
C’est un compte à deux noms dont la convention prévoit qu’au décès d’un titulaire, l’autre devient seul titulaire de l’ensemble, sans passer par la succession. On le rencontre dans plusieurs pays sous le nom de « joint account with right of survivorship » ou « joint tenancy ». La clause figure dans la convention signée à l’ouverture, et un avocat du pays où le compte est ouvert confirme ce qu’elle produit dans votre cas.
Le droit de survie écarte-t-il les droits des enfants ?
Pas nécessairement. Le règlement européen sur les successions laisse ce transfert hors de son champ, mais il confie à la loi de la succession le rapport et la réduction des libéralités. Si cette loi protège des héritiers réservataires et qualifie le transfert de libéralité, les enfants peuvent demander qu’il soit pris en compte dans le calcul de leurs parts.
Les droits de succession français s’appliquent-ils à un compte joint ouvert à l’étranger ?
Ils peuvent s’appliquer, selon l’article 750 ter du CGI, en fonction de la résidence du défunt et de celle des héritiers. La présomption de l’article 753, qui attribue à chaque titulaire une part égale, vise les comptes tenus chez les dépositaires de l’article 806 I ; son application à une banque étrangère est à examiner au cas par cas, et le pays du compte peut aussi taxer la transmission.
Que vérifier dès maintenant sur nos comptes joints ?
La convention de chaque compte et l’existence d’un droit de survie, l’origine des fonds versés par chacun, le régime matrimonial du couple et sa cohérence avec le testament et le choix de loi successorale. Prévoyez aussi une somme disponible au nom du survivant pendant le règlement de la succession.
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Rédigé par Stéphane Molère, Président d’Éthique et Patrimoine — page relue le 2026-10-14 — cette date sert de référence aux règles citées.