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Exit tax, qui est concerné et comment l’anticiper

Publié le 29 août 2026 · 7 min

L’expression est trompeuse : on ne paie presque jamais l’exit tax en partant. On la déclare, on obtient un sursis, et on l’entretient chaque année — jusqu’au dégrèvement ou jusqu’à la faute de calendrier qui la rend exigible.

L’exit tax de l’article 167 bis du CGI vise le contribuable qui transfère son domicile fiscal hors de France après y avoir été résident au moins six des dix années précédant ce transfert, et qui détient à cette date soit un patrimoine en valeurs mobilières et droits sociaux d’au moins 800 000 €, soit une participation ouvrant droit à au moins la moitié des bénéfices sociaux d’une société. Les conditions de durée de résidence et de patrimoine sont cumulatives ; les deux conditions de patrimoine, elles, sont alternatives. L’imposition est alors établie sur les plus-values latentes constatées au jour du départ, mais elle n’est pas acquittée à ce moment : un sursis de paiement s’applique. Il est accordé de plein droit lorsque le domicile est transféré dans un État membre de l’Union européenne, ou dans tout autre État ou territoire qui n’est pas non coopératif au sens de l’article 238-0 A du CGI et qui a conclu avec la France à la fois une convention d’assistance administrative contre la fraude et l’évasion fiscales et une convention d’assistance mutuelle en matière de recouvrement. Ailleurs, il se demande, et il suppose des garanties. Elle est ensuite dégrevée si les titres sont conservés le temps prévu par le texte.

La fiche « L’exit tax » du parcours « Partir » donne le cadre d’ensemble et les trois conditions d’application. Cet article s’attache à ce qui vient après le départ : l’assiette exacte, les déclarations annuelles qui entretiennent le sursis, le dégrèvement par le temps, et les événements qui rendent l’impôt exigible.

La composition de l’assiette au jour du départ

Le seuil s’apprécie sur la totalité du patrimoine mobilier détenu au jour du départ, comptes ordinaires et plan d’épargne en actions confondus, titres cotés comme titres de sociétés familiales. Beaucoup de dossiers arrivent au cabinet avec un calcul limité aux lignes que l’on envisage de vendre, une erreur fréquente qui ne se découvre qu’après le départ, quand elle ne se corrige plus.

Un suivi déclaratif à tenir chaque année

Le sursis de paiement s’accompagne d’une chaîne déclarative que le contribuable doit tenir lui-même. L’année du transfert, les plus-values constatées se déclarent sur le formulaire 2074-ETD, joint à la déclaration de revenus déposée l’année suivante. Puis vient le suivi. Pour les transferts intervenus depuis le 1er janvier 2019, ce suivi a été allégé : le contribuable qui bénéficie d’un sursis de paiement total et n’a connu dans l’année aucun événement mettant fin au sursis ni ouvrant droit à dégrèvement relève de la déclaration allégée 2074-ETSL, et se trouve dispensé de dépôt lorsqu’il ne détient que des plus-values latentes en sursis total. Dans tous les autres cas — sursis partiel, cession, donation, retour, changement de pays —, une déclaration de la série 2074-ETS reste due l’année de l’événement. Le régime exact se vérifie chaque année sur la notice du formulaire, car la dispense est conditionnelle et non générale : un manquement aux obligations déclaratives peut mettre fin au sursis de paiement.

Vers un pays hors Union européenne et hors Espace économique européen, le sursis n’est pas automatique : il se demande, et il suppose la désignation d’un représentant fiscal en France ainsi que la constitution de garanties auprès du comptable public, au plus tard trente jours avant le transfert du domicile (article 167 bis V du CGI). Cette formalité est l’une des rares du dossier de départ qui ne se rattrape pas après coup : engagée trop tard, elle laisse l’imposition exigible dès le départ.

Le dégrèvement : délai de détention, retour, décès

L’imposition établie au départ est dégrevée à l’expiration d’un délai de détention suivant le transfert, fixé à deux ans et porté à cinq ans lorsque la valeur globale des titres concernés excède le seuil prévu par le texte. Elle l’est également, et sans condition de durée, en cas de retour du contribuable en France avant toute cession — les plus-values latentes redeviennent alors purement latentes — ainsi qu’au décès du contribuable. La donation des titres emporte en principe dégrèvement de l’imposition correspondante ; lorsque le domicile a été transféré hors de l’Union européenne et de l’Espace économique européen, l’administration peut toutefois exiger la preuve que la donation n’a pas été faite à seule fin d’éluder l’imposition.

Ce qui fait tomber le sursis

De là vient la faute de séquencement la plus coûteuse : s’installer dans un État qui n’impose pas les gains en capital, puis vendre dans les mois qui suivent. La cession ne fait pas naître un impôt nouveau, elle réveille celui qui dormait — et l’attente l’aurait éteint. Le calendrier de cession se construit donc avec deux horloges en même temps, celle du pays d’accueil et celle du dégrèvement français. L’article « Le PEA du non-résident » traite le cas particulier des titres logés dans un plan.

Les quatre vérifications avant de partir

La durée de résidence fiscale française sur les dix années précédentes, année par année. L’inventaire complet des valeurs mobilières et droits sociaux au jour du départ, plan d’épargne en actions et titres non cotés compris. Le régime de sursis applicable au pays de destination, et le cas échéant le représentant fiscal et les garanties à constituer avant le départ. Enfin, le calendrier de cession envisagé, confronté au délai de dégrèvement.

Cet article décrit un dispositif dont l’application dépend de la composition exacte de votre patrimoine au jour du transfert, de votre pays de destination et de la convention fiscale applicable. Le montage consistant à organiser un départ dans le seul but d’effacer une imposition française, sans installation réelle et durable dans le pays d’accueil, expose à une remise en cause de la résidence fiscale et, le cas échéant, à la procédure d’abus de droit des articles L. 64 et L. 64 A du livre des procédures fiscales. L’assiette se vérifie ligne à ligne, sur pièces, avant le départ.

Références citées

Code général des impôts, article 167 bis (imposition des plus-values latentes en cas de transfert du domicile hors de France) · Code général des impôts, article 150-0 B ter (plus-values en report d’imposition, apport-cession) · Code général des impôts, article 182 A ter (retenue à la source sur les gains d’actionnariat salarié) · Code général des impôts, article 4 B (domicile fiscal) · Livre des procédures fiscales, articles L. 64 et L. 64 A (abus de droit) · Formulaires 2074-ETD (année du départ) et 2074-ETS (suivi annuel du sursis)

Questions fréquentes

L’exit tax se paie-t-elle au moment du départ ?

Dans la très grande majorité des cas, non. L’imposition est établie au jour du transfert du domicile, mais son paiement est suspendu par un sursis, accordé de plein droit lorsque le contribuable s’installe dans l’Union européenne ou dans un État de l’Espace économique européen lié à la France par les conventions de coopération requises, et sur demande avec garanties ailleurs. Le paiement effectif n’intervient que si un événement rend l’impôt exigible, principalement la cession des titres.

Quel patrimoine déclenche l’exit tax ?

Celui qui atteint le seuil de patrimoine en valeurs mobilières et droits sociaux fixé par l’article 167 bis du CGI, dont le montant est indiqué dans le corps de cet article, ou celui qui comprend une participation ouvrant droit à au moins la moitié des bénéfices sociaux d’une société. Il faut en outre avoir été résident fiscal français au moins six des dix années précédant le transfert. Le seuil s’apprécie sur l’ensemble du patrimoine mobilier, et non sur les seules lignes que l’on envisage de céder.

Quelles déclarations faut-il déposer après le départ ?

Le formulaire 2074-ETD l’année du transfert, joint à la déclaration de revenus déposée l’année suivante, puis un formulaire de suivi de la série 2074-ETS chaque année tant que l’imposition demeure en sursis. Ce suivi annuel n’est pas une formalité : son défaut rend l’impôt en sursis immédiatement exigible, même en l’absence de toute cession.

L’exit tax disparaît-elle si je reviens en France ?

Oui, si vous n’avez pas cédé les titres entre-temps : le retour en France entraîne le dégrèvement de l’imposition établie au départ, les plus-values redevenant simplement latentes. C’est l’un des cas de dégrèvement prévus par l’article 167 bis du CGI, au même titre que l’expiration du délai de détention ou le décès du contribuable.

Que se passe-t-il si je vends mes titres peu après mon départ ?

La cession rend exigible l’impôt mis en sursis sur les titres cédés. C’est le piège de calendrier le plus fréquent : vendre rapidement pour profiter d’un pays qui n’impose pas les gains en capital revient à déclencher l’imposition française que la seule conservation des titres aurait fait disparaître à l’expiration du délai légal. Les deux calendriers, celui du pays d’accueil et celui du dégrèvement, s’arbitrent ensemble.

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