Exit tax : conditions, sursis et déclarations
L’exit tax peut concerner certains gains sur vos titres lorsque vous transférez votre résidence fiscale hors de France. Nous examinons si vous êtes concerné, les possibilités de différer le paiement et les déclarations à effectuer. Le calendrier d’une vente ultérieure fait partie de cette analyse.
L’article 167 bis du CGI prévoit une imposition lors du transfert de résidence fiscale pour les gains qui entrent dans son champ. Il vise d’abord ce qu’on appelle les plus-values latentes : la hausse de valeur de titres que vous détenez encore, calculée comme si vous les vendiez le jour du départ.
Cette fiche traite les démarches : l’établissement de l’impôt, les conditions de son paiement et les obligations déclaratives. Pour savoir si vous êtes concerné et quels gains entrent dans le champ, l’article « Exit tax, qui est concerné et comment l’anticiper » développe ce point.
L’exit tax du départ au dégrèvement
- 01 · Avant le départ
Avoir été résident fiscal français pendant au moins six des dix années précédant le départ.
- 02 · Avant le départ
Des valeurs mobilières et droits sociaux pour plus de 800 000 €, ou une participation d’au moins 50 % des bénéfices sociaux. Les titres d’un PEA ou d’un PEA-PME sont exclus du champ, et les contrats d’assurance-vie n’entrent pas dans ce calcul.
- 03 · Au départ
De plein droit vers l’Union européenne ou un État lié à la France par les deux conventions d’assistance, à condition qu’il ne soit pas un État non coopératif. Ailleurs, il se demande avant le départ, avec un représentant en France et des garanties égales à 12,8 % du montant brut des plus-values et créances.
- 04 · Après le départ
Les plus-values latentes sont dégrevées après deux ans, ou cinq ans si la valeur des titres excède 2,57 millions d’euros au départ, à condition qu’ils soient toujours détenus ; un retour en France avant ce terme produit le même effet.
Les conditions pour les plus-values latentes
- Avoir été résident fiscal français pendant au moins six des dix années précédant le départ ;
- détenir un patrimoine en valeurs mobilières et droits sociaux supérieur à 800 000 €, ou une participation d’au moins 50 % des bénéfices sociaux ;
- transférer effectivement son domicile fiscal hors de France.
Pour appliquer le seuil, il faut identifier les titres et droits qui entrent dans le champ du texte. Le calcul ne se limite pas aux titres que vous prévoyez de vendre. La notice du formulaire 2074-ETD exclut notamment les titres détenus dans un PEA ou un PEA-PME, et vise les titres de sociétés françaises ou étrangères, qu’elles soient ou non soumises à l’impôt sur les sociétés. La nature des actifs et leur mode de détention doivent donc être vérifiés ligne par ligne avant de comparer le total au seuil.
Le sursis de paiement et les possibilités de dégrèvement
Le sursis de paiement reporte le règlement de l’impôt : vous ne payez pas au départ, mais lorsqu’un événement y met fin, une vente par exemple. Il s’applique sans que vous ayez rien à demander lorsque vous partez dans un État de l’Union européenne, ou dans un État qui a signé avec la France une convention d’assistance administrative contre la fraude et une convention d’assistance au recouvrement, et qui n’est pas un État non coopératif (IV de l’article 167 bis).
Vers tout autre pays, le sursis se demande expressément avant le départ : vous déclarez les plus-values et créances concernées, vous désignez un représentant établi en France et vous constituez auprès du comptable public des garanties égales à 12,8 % du montant brut de ces plus-values et créances (V du même article). Des événements ultérieurs peuvent modifier le montant dû ou permettre un dégrèvement, c’est-à-dire la suppression de tout ou partie de l’imposition. Avant de vendre, nous faisons examiner l’effet de l’opération sur ce suivi.
Les délais de dégrèvement
Pour les départs relevant du régime actuel, le VII.2 de l’article 167 bis prévoit un dégrèvement sur les plus-values latentes après deux ans, ou cinq ans si la valeur concernée excède 2,57 millions d’euros au départ, lorsque les titres sont encore détenus dans les conditions du texte. Un retour du domicile fiscal en France avant ce terme produit le même dégrèvement, tandis que les gains déjà en report et les départs plus anciens suivent des règles distinctes.
Le détail des titres comptés dans le calcul de l’exit tax
L’assiette, c’est-à-dire l’ensemble des titres sur lesquels l’impôt se calcule, couvre les valeurs mobilières et droits sociaux détenus directement, mais aussi ceux détenus par l’intermédiaire d’une société ou d’une structure interposée, dans la mesure où elle est regardée comme translucide pour l’application du texte : un point qui se vérifie holding par holding, pas par principe général.
Elle ne couvre pas le gain d’acquisition des actions gratuites ou des stock-options, qui relève d’un régime salarial distinct et reste imposable selon ses propres règles. En revanche, aucune exonération comparable à celle des biens professionnels en matière d’IFI n’existe ici : les titres de la société que vous dirigez entrent dans l’assiette comme les autres. Une ligne comptée à tort dans un sens ou dans l’autre change le seuil de déclenchement lui-même, pas seulement le montant final.
Vos contrats d’assurance-vie et de capitalisation n’entrent pas dans ce calcul, même investis en actions. L’article 167 bis renvoie aux droits sociaux, valeurs, titres ou droits du 1 du I de l’article 150-0 A, et aucun de ces deux articles ne nomme ces contrats ; la notice du formulaire 2074-ETD ne les cite pas davantage parmi les titres concernés.
Le gain d’un contrat, c’est-à-dire l’écart entre les sommes que l’assureur vous rembourse et les primes que vous avez versées, relève de l’article 125-0 A du CGI pour un contrat souscrit auprès d’un assureur établi en France, et des articles 120 et 122 pour un assureur établi hors de France ; il n’est imposé qu’au rachat ou au dénouement du contrat, son terme ou le décès de l’assuré.
Les déclarations après le départ
Le formulaire 2074-ETD, joint à la déclaration de revenus que vous déposez l’année qui suit le départ, sert à déclarer les plus-values et créances concernées (IX.1 de l’article 167 bis). Pour les années suivantes, l’article n’impose une déclaration annuelle de suivi que lorsque le sursis porte sur une créance de complément de prix ou sur une plus-value déjà en report ; elle couvre alors aussi les plus-values latentes (IX.2).
Le formulaire de suivi 2074-ETS existe en plusieurs versions selon l’année du départ, et celle qui vous concerne se lit sur impots.gouv.fr. L’année qui suit la fin du sursis, vous déclarez l’événement et le montant dû sur ce même formulaire, et l’impôt se règle à son dépôt (IX.3).
Conservez les déclarations de départ et les informations sur les titres concernés. Avant une vente ou un autre événement affectant ces titres, vérifiez les conséquences sur l’imposition et les formalités à accomplir. Le défaut de la déclaration de l’année du départ, ou d’une déclaration annuelle lorsqu’elle est due, rend immédiatement exigible l’impôt placé en sursis (IX.4 de l’article 167 bis).
Références citées
CGI, art. 167 bis · CGI, art. 125-0 A · Formulaire 2074-ETD, impots.gouv.fr · Formulaire 2074-ETS3, impots.gouv.fr (suivi 2025 : transferts du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2025) · CGI, article 167 bis — IV et V (sursis de paiement), VII.2 (dégrèvement), IX (déclarations et défaut déclaratif) · CGI, article 150-0 A, 1 du I (titres auxquels renvoie l’article 167 bis) · CGI, article 125-0 A, I et II bis (produits des contrats, prélèvement sur les non-résidents) · Code de la sécurité sociale, article L. 136-7 (CSG sur les produits de placement) · Notice du formulaire 2074-ETD, millésime 2026, impots.gouv.fr
Questions fréquentes
L’exit tax s’applique-t-elle à l’assurance-vie ?
Non : l’article 167 bis du CGI vise les droits sociaux, valeurs, titres ou droits du 1 du I de l’article 150-0 A, et un contrat d’assurance-vie ou de capitalisation n’en fait pas partie, même lorsqu’il est investi en actions. Le départ change en revanche l’imposition des rachats. Sur un contrat souscrit auprès d’un assureur établi en France, l’assureur prélève obligatoirement l’impôt sur la part de gains comprise dans le rachat d’un non-résident, et ce prélèvement tient lieu d’impôt sur le revenu sur ces gains, avec un taux plus lourd si vous résidez dans un État non coopératif (II bis de l’article 125-0 A). La CSG sur ces gains ne vise que les personnes fiscalement domiciliées en France (article L. 136-7 du code de la sécurité sociale). Au décès, les sommes versées aux bénéficiaires relèvent des articles 990 I et 757 B, selon la résidence de l’assuré et des bénéficiaires, que la fiche « Assurance-vie française et expatriation, garder ou racheter » détaille.
À partir de quel patrimoine l’exit tax s’applique-t-elle ?
À partir d’un patrimoine en valeurs mobilières et droits sociaux supérieur à 800 000 €, fixé par l’article 167 bis du CGI, ou dès lors que vous détenez une participation d’au moins 50 % des bénéfices sociaux, sous réserve d’avoir été résident fiscal français six des dix dernières années ; les titres détenus dans un PEA ou un PEA-PME sont exclus du champ de l’exit tax.
Dois-je payer l’exit tax immédiatement en partant ?
Non dans la plupart des cas : un sursis de paiement s’applique, automatiquement si vous partez dans l’Union européenne ou vers un État lié à la France par des conventions d’assistance administrative et de recouvrement qui n’est pas un État non coopératif, sur demande avec un représentant en France et des garanties ailleurs. L’imposition est ensuite dégrevée si vous conservez vos titres jusqu’au terme du délai de conservation, soit deux ans, soit cinq ans au-delà de 2,57 millions d’euros de titres au jour du départ.
Au bout de combien de temps l’exit tax est-elle dégrevée ?
Au terme d’un délai de conservation des titres qui court à compter du transfert du domicile fiscal : deux ans en principe, et cinq ans si la valeur concernée excède 2,57 millions d’euros à cette date, aux termes du VII.2 de l’article 167 bis du CGI. Une cession opérée avant ce terme rend l’impôt exigible, en principe sur la plus-value constatée au jour du départ ; si la plus-value réellement réalisée est inférieure, ou s’il y a une moins-value, une partie de l’imposition est dégrevée.
L’exit tax concerne-t-elle l’immobilier ?
Non : elle vise les valeurs mobilières et droits sociaux. L’immobilier détenu en France par un non-résident relève d’autres règles, notamment le prélèvement sur les plus-values immobilières des non-résidents.
Dois-je continuer à déclarer quelque chose une fois installé à l’étranger ?
Oui, au moins l’année qui suit votre départ : les plus-values et créances concernées se déclarent alors avec vos revenus, sur le formulaire 2074-ETD (IX.1 de l’article 167 bis). Une déclaration chaque année n’est ensuite exigée que si votre sursis porte sur une créance de complément de prix ou sur une plus-value déjà en report ; elle couvre alors aussi vos plus-values latentes (IX.2). L’année qui suit la fin du sursis, après une vente par exemple, vous déclarez l’événement et réglez l’impôt dû (IX.3). Le défaut de l’une des déclarations exigées rend l’impôt en sursis immédiatement exigible (IX.4), même si vous déclarez par ailleurs vos revenus dans votre pays d’accueil.
Si je vends mes titres deux ans après mon départ, l’exit tax s’applique-t-elle ?
Pas si vous déteniez encore les titres à l’expiration du délai de dégrèvement. Pour un départ intervenu depuis le 1er janvier 2019, ce délai court à partir de la date du départ et dure deux ans, ou cinq ans si la valeur globale de vos titres dépassait 2,57 millions d’euros à la date du départ ; il prend fin plus tôt si vous redevenez résident fiscal français avant son terme. L’impôt calculé au départ sur la hausse de valeur des titres est alors dégrevé, ou restitué s’il a été payé, et la vente n’est plus soumise à l’exit tax pour cette part. Ce dégrèvement ne couvre ni les créances de complément de prix ni les plus-values placées en report avant le départ, qui suivent leurs propres règles. Une vente avant l’expiration du délai rend l’exit tax exigible, en principe sur la plus-value constatée au jour du départ, avec un dégrèvement de la partie qui dépasse le gain réellement réalisé. Pour un départ antérieur, c’est le délai en vigueur à la date du départ qui s’applique ; il était de quinze ans juste avant la réforme de 2019.
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Rédigé par Stéphane Molère, Président d’Éthique et Patrimoine — page relue le 2026-10-04 — date de référence des règles : 2026-10-02.