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Résidence, domicile et remittance basis pour un Français en Irlande

En Irlande, la résidence fiscale, l’ordinary residence et le domicile sont des notions distinctes. Elles peuvent modifier le traitement de vos revenus étrangers, pendant votre séjour et après votre départ. Il faut les examiner avant d’organiser vos comptes, vos transferts ou une transmission.

Sur place --:-- · Paris --:-- — nous tenons compte de votre fuseau horaire.

La remittance basis peut modifier l’imposition de certains revenus et gains étrangers d’une personne résidente mais non domiciliée en Irlande. Votre nationalité française ne suffit pas à établir que vous en bénéficiez. Nous examinons votre situation avec un conseil irlandais et la rapprochons des revenus et biens qui restent imposables en France. Les déclarations prévues aux articles 1649 A et 1649 AA du CGI doivent être vérifiées selon votre résidence française, et non présumées permanentes après le départ.

Les trois étages du rattachement fiscal irlandais

La résidence se constate sur un décompte de jours de présence, apprécié sur l’année fiscale irlandaise et, selon les cas, sur deux années consécutives. L’ordinary residence s’acquiert après plusieurs années consécutives de résidence et ne se perd qu’après plusieurs années consécutives de non-résidence : elle maintient donc un rattachement irlandais chez une personne qui a déjà quitté le pays, et c’est l’étage que les dossiers oublient.

Le domicile, enfin, ne se compte pas. Il se rattache à l’origine familiale, se conserve longtemps après un déménagement et ne se change qu’en démontrant une intention de s’établir définitivement ailleurs. Les seuils exacts de jours et d’années se vérifient auprès d’un conseil irlandais à la date du projet ; aucun n’est cité ici, et aucune référence de droit irlandais ne l’est non plus.

L’assiette dépend de trois statuts. Un résident domicilié en Irlande y est imposé sur ses revenus mondiaux. Un résident non domicilié bénéficie de la remittance basis sur ses revenus et gains de source étrangère, à l’exception du salaire d’un emploi exercé en Irlande, imposé dans tous les cas.

Une personne devenue non-résidente mais restée ordinarily resident conserve une exposition irlandaise sur certains revenus étrangers, alors même qu’elle n’habite plus le pays. Ces statuts s’établissent sur pièces, avant de conclure sur l’imposition d’un revenu ou d’un gain : dates d’entrée et de sortie du territoire, titre de séjour, historique des années antérieures.

La résidence et le domicile, critère par critère
CritèreRésidence (et ordinary residence)Domicile
Ce qui l’établitUn décompte de jours de présence effective, puis la répétition de la résidence sur plusieurs années consécutives pour l’ordinary residence.L’origine familiale, transmise à la naissance, puis éventuellement modifiée par une installation définitive ailleurs.
Ce qui la fait cesserLa sortie du décompte de jours ; pour l’ordinary residence, plusieurs années consécutives de non-résidence.La démonstration d’une intention de s’établir définitivement dans un autre pays, jamais le seul déménagement.
Ce qu’elle commandeL’existence d’une imposition irlandaise et son étendue dans le temps, y compris après le départ.L’accès à la remittance basis, donc l’étendue de l’assiette sur les revenus et gains étrangers.
Comment elle se prouveCartes d’embarquement, baux, contrat de travail, relevés bancaires datés, qui sont des pièces objectives.Un faisceau d’indices d’intention : famille, sépulture, patrimoine conservé, testament, déclarations.
Effet sur la successionIndirect, par la Capital Acquisitions Tax, dont le champ dépend notamment de la résidence des parties.Direct en droit international privé irlandais, qui rattache la succession mobilière au domicile du défunt.

Les deux colonnes ne se déduisent pas l’une de l’autre : on peut être résident sans être domicilié, et rester ordinarily resident après avoir cessé d’être résident. Nous vérifions d’abord le domicile, puis la résidence. L’ordre inverse conduit à des conclusions fausses sur les revenus étrangers, parce qu’il applique une assiette mondiale à une situation qui relève de la remise. La fiche « Dix-sept pays, convention fiscale par convention fiscale » situe l’Irlande parmi les autres régimes de remise.

L’origine des sommes transférées en Irlande

La remittance basis décale le fait générateur : l’impôt irlandais se déclenche au mouvement de fonds vers l’Irlande, et non au moment où le revenu est perçu. L’Irlande traite comme une remise le rapatriement des fonds, mais aussi la dépense faite en Irlande avec de l’argent venu de l’étranger et, selon les cas, le remboursement en Irlande d’un emprunt garanti par ces fonds.

Un compte unique qui mélange le capital constitué avant l’installation, les revenus postérieurs et les gains postérieurs fait perdre la traçabilité de l’origine des sommes remises, et avec elle le bénéfice pratique du régime.

Conservez les relevés qui distinguent le capital constitué avant l’installation des revenus et gains ultérieurs. Une séparation des comptes peut faciliter ce suivi, mais elle ne suffit pas à garantir le traitement fiscal d’un transfert. L’organisation bancaire et l’usage éventuel d’un contrat d’assurance doivent être examinés avec votre conseil irlandais. La fiche « Guernesey, Île de Man, Irlande face au contrat luxembourgeois » présente les contrats à comparer.

L’articulation avec la fiscalité française se fait ensuite catégorie par catégorie, et jamais en bloc : dividendes d’une société française, plus-values sur titres, revenus d’une holding, rachats sur un contrat d’assurance-vie. Chaque revenu suit sa propre route entre la convention fiscale franco-irlandaise, qui porte sur les impôts sur le revenu, la source française éventuelle et la remise ou non en Irlande.

Le règlement (UE) n° 650/2012 et la position particulière de l’Irlande

Le droit irlandais des successions ne connaît pas de réserve héréditaire comparable à celle du droit français ; un droit est en revanche reconnu au conjoint survivant. Le testateur y dispose donc en principe librement de ses biens, là où le droit français réserve une part aux enfants par l’article 912 du Code civil. L’écart entre les deux droits est maximal, et c’est le règlement (UE) n° 650/2012 du 4 juillet 2012 qui devrait désigner lequel s’applique.

Or l’Irlande n’est pas liée par ce règlement, non plus que le Danemark. La conséquence est une dissociation, et non une incertitude. Devant les autorités des États membres liés par le règlement, dont la France, la loi applicable est celle de la résidence habituelle du défunt au jour du décès, soit la loi irlandaise, sauf choix exprès de la loi d’un État dont le défunt possède la nationalité ; ce choix, ouvert par l’article 22 du règlement, rétablirait la loi française et sa réserve.

Devant les autorités irlandaises, le règlement n’a pas cours : c’est le droit international privé irlandais qui tranche, et il rattache classiquement la succession mobilière au domicile du défunt et la succession immobilière à la loi du lieu de situation du bien. Un même testament peut ainsi être tenu pour valable par un notaire français et recevoir un autre traitement à Dublin, et le certificat successoral européen n’y est pas disponible.

Nous traitons donc les successions irlandaises en tandem avec un solicitor irlandais, et nous ne nous contentons jamais d’un choix de loi rédigé au visa du seul règlement. Les deux instruments se préparent ensemble, avec l’inventaire des actifs par pays de situation. La fiche « Le certificat successoral européen, preuve de la qualité d’héritier » expose ce que l’instrument permet là où il s’applique, et la fiche « La transmission d’une famille installée dans plusieurs pays » traite la méthode d’ensemble.

La Capital Acquisitions Tax et l’article 750 ter du CGI

L’Irlande, contrairement à Singapour ou à Hong Kong, impose les transmissions à titre gratuit par une Capital Acquisitions Tax, due sur les donations comme sur les successions. Son champ dépend du rattachement des parties — résidence et ordinary residence du disposant comme du bénéficiaire — et de la situation irlandaise des biens transmis. Ses seuils, ses taux et ses catégories de parenté ne sont pas cités ici et se vérifient auprès d’un conseil irlandais à la date de l’opération.

En France, l’article 750 ter du CGI prend en compte la résidence du donateur ou du défunt, celle du bénéficiaire et la localisation des biens. Lorsque le bénéficiaire est concerné au titre du 3°, sa résidence française actuelle et la condition d’au moins six années sur les dix précédentes se vérifient ensemble. L’abattement de 100 000 € par enfant et par parent est à examiner lorsque les règles françaises correspondantes s’appliquent. Le traitement irlandais doit être calculé séparément avant de rapprocher les deux impositions.

L’actionnariat salarié des sièges européens installés en Irlande

L’Irlande héberge les sièges européens de nombreux groupes technologiques et pharmaceutiques, et une part significative de la rémunération de leurs salariés y prend la forme d’actions gratuites, de RSU ou de plans d’achat d’actions. Le traitement irlandais de ces plans obéit à ses propres règles de retenue à la source.

Leur traitement français dépend de la part de l’activité exercée en France avant l’installation et de votre statut de résident au moment de l’acquisition puis de la cession, la retenue à la source de l’article 182 A ter du CGI s’appliquant aux gains de source française réalisés par un non-résident. La fiche « AGA, RSU et stock-options, partir avec un actionnariat salarié » détaille la distinction entre gain d’acquisition et plus-value de cession, qui structure tout le dossier.

Pour vos plans d’actionnariat salarié, réunissez les dates d’attribution, d’acquisition et de vente, ainsi que les périodes de travail dans chaque pays. La devise et les retenues déjà appliquées font aussi partie des informations nécessaires.

Les obligations françaises après l’installation en Irlande

  • Tant que vous restez résident fiscal français au sens de l’article 4 B du CGI (notamment l’année du départ, qui se scinde en deux périodes), les comptes ouverts en Irlande se déclarent avec la déclaration de revenus en application de l’article 1649 A, sous l’amende de l’article 1736 IV de 1 500 € par compte, et davantage lorsque l’État concerné n’a pas conclu avec la France de convention d’assistance administrative donnant accès aux renseignements bancaires. La fiche « Comptes bancaires et déclarations du non-résident français » distingue les deux situations.
  • Les revenus tirés d’immeubles français restent des revenus de source française (article 164 B), imposés sous le taux minimum de l’article 197 A. L’Irlande étant membre de l’Union européenne, une personne affiliée à son régime de sécurité sociale échappe en principe à la CSG et à la CRDS sur ces revenus, le prélèvement de solidarité de l’article 235 ter du CGI restant dû : c’est une différence de fond avec une installation hors de l’Espace économique européen, et l’attestation d’affiliation se produit pour en bénéficier. La fiche « CSG et CRDS du non-résident, ce qui est dû et ce qui se réclame » détaille ce raisonnement.
  • La vente d’un immeuble français après l’installation relève du prélèvement de l’article 244 bis A du CGI, liquidé par le notaire, comme l’expose la fiche « Vendre un bien immobilier français depuis l’étranger ».
  • Un départ de France avec plus de 800 000 € de valeurs mobilières a pu déclencher l’exit tax de l’article 167 bis du CGI. Le transfert du domicile vers l’Irlande ouvre le sursis de paiement de plein droit, l’Irlande étant un État membre de l’Union : ni représentant fiscal, ni garanties à constituer. Les obligations de suivi dépendent de l’année du départ et de la catégorie de gains, et la fiche « Exit tax : conditions, sursis et déclarations » détaille la procédure.
  • Une structure étrangère doit être examinée selon ses actifs, sa fiscalité et les conditions de détention. Les articles 123 bis et 209 B du CGI ont des champs et des exceptions propres : ils ne s’appliquent pas automatiquement à toute participation étrangère.
  • L’impôt sur la fortune immobilière se détermine au 1er janvier : dès lors que votre domicile fiscal est alors hors de France, il ne porte plus que sur les biens et droits immobiliers français, en application des articles 964 et suivants du CGI.

L’inventaire d’ouverture d’un dossier irlandais

Nous commençons par six pièces : les dates d’entrée sur le territoire et l’historique des trois années antérieures, l’état daté du capital au jour de l’installation, la liste des comptes ouverts de part et d’autre, les plans d’actionnariat salarié avec leurs dates, le testament existant s’il y en a un, et l’état des actifs conservés en France par pays de situation. L’analyse fiscale et successorale suit cet inventaire. L’Irlande n’est pas au nombre de nos implantations (Paris, Montpellier, Londres, Singapour, Hong Kong, Bangkok, Shanghai et Dubaï), et les dossiers irlandais se traitent en visioconférence, avec un solicitor local pour le volet successoral.

Cette page décrit des mécanismes généraux. Aucune référence de droit irlandais n’y est citée, et aucun seuil de jours, d’années, de taux ou d’abattement irlandais ne l’est non plus : le traitement irlandais de votre situation, les conditions de la remittance basis et le champ de la Capital Acquisitions Tax se vérifient à la date de votre projet auprès d’un conseil irlandais. Le droit irlandais évolue, et la remittance basis a ses limites et ses contreparties. Côté français, le résultat dépend de la convention fiscale franco-irlandaise, de votre résidence fiscale au sens de l’article 4 B et de votre situation personnelle. Cette page ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation de s’installer en Irlande.

Références citées

CGI, art. 1649 A · CGI, art. 1649 AA · CGI, art. 4 B · CGI, art. 750 ter · CGI, art. 182 A ter · CGI, art. 235 ter · CGI, art. 244 bis A · CGI, art. 167 bis · CGI, art. 123 bis · CGI, art. 209 B · Code civil, art. 912 · Règlement (UE) n° 650/2012 · CGI, art. 164 B

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la remittance basis irlandaise ?

Le régime par lequel un résident irlandais non domicilié n’est imposé sur ses revenus et gains de source étrangère que lorsqu’il les remet en Irlande, hors salaire d’un emploi exercé en Irlande, imposé dans tous les cas. Le fait générateur devient le mouvement de fonds, et non la perception du revenu. Ce qui demeure hors d’Irlande, et n’y est ni transféré ni dépensé, n’entre pas dans l’assiette irlandaise.

Qu’est-ce que l’ordinary residence, et pourquoi compte-t-elle après un départ ?

C’est le troisième étage du rattachement irlandais, distinct de la résidence et du domicile. Elle s’acquiert après plusieurs années consécutives de résidence et ne cesse qu’après plusieurs années consécutives de non-résidence. Une personne qui a quitté l’Irlande peut donc y rester ordinarily resident et conserver une exposition irlandaise sur certains revenus étrangers, dont les durées exactes se vérifient auprès d’un conseil irlandais.

Mes dividendes français sont-ils imposés en Irlande ?

Selon leur traitement conventionnel et selon qu’ils sont remis ou non en Irlande. La France peut appliquer une retenue à la source conventionnelle ; l’Irlande impose la remise. L’ordre des flux et la ségrégation des comptes changent le résultat.

Comment organiser mes comptes pour bénéficier du régime ?

Commencez par conserver la preuve de l’origine des sommes : capital, revenus et gains. Votre conseil irlandais pourra déterminer si des comptes distincts sont utiles et comment traiter les transferts envisagés. Une séparation bancaire ne remplace pas l’analyse fiscale de chaque flux.

Le règlement européen sur les successions s’applique-t-il en Irlande ?

Non. L’Irlande n’est pas liée par le règlement (UE) n° 650/2012, non plus que le Danemark. Les autorités des États membres qui le sont, dont la France, appliquent la loi de la résidence habituelle du défunt, ou celle de sa nationalité s’il l’a expressément choisie au titre de l’article 22. Les autorités irlandaises appliquent leur propre droit international privé, qui rattache la succession mobilière au domicile du défunt et la succession immobilière à la loi du lieu de situation du bien, sans que le certificat successoral européen y soit disponible.

Mes enfants ont-ils une part réservée sur ma succession si je vis en Irlande ?

Le droit irlandais ne connaît pas de réserve héréditaire comparable à la réserve française de l’article 912 du Code civil. Un choix exprès de la loi française au titre de l’article 22 du règlement (UE) n° 650/2012 la rétablit devant les autorités françaises, mais l’Irlande n’étant pas liée par ce règlement, il ne s’impose pas aux autorités irlandaises. Le testament se prépare donc des deux côtés à la fois, avec un solicitor irlandais.

Comment sont traitées mes actions gratuites d’un employeur irlandais ?

Le gain d’acquisition suit un régime salarial propre à chaque pays d’exercice de l’activité, et la France conserve un droit d’imposition sur la part correspondant au travail effectué en France, avec la retenue à la source de l’article 182 A ter du CGI pour un non-résident. La plus-value de cession suit des règles distinctes qui dépendent de votre résidence au moment de la vente. Les deux se traitent séparément, jamais comme un bloc unique. La fiche « La transmission d’une famille installée dans plusieurs pays » traite le versant successoral.

ÉTHIQUE ET PATRIMOINE, société par actions simplifiée, siège social 41 rue Saint-Ferdinand, 75017 Paris, RCS Paris 803 414 796, TVA intracommunautaire FR 40 803 414 796, immatriculée à l’ORIAS sous le numéro n° 24001817 (www.orias.fr) — Conseiller en investissements financiers n° 18002418, membre de l’ANACOFI-CIF, association professionnelle agréée par l’Autorité des marchés financiers, et Anacofi-Courtage au titre de l’activité de courtage. Présence : Paris, Montpellier, Londres, Singapour, Hong Kong, Bangkok, Shanghai et Dubaï.

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Rédigé par Stéphane Molère, Président d’Éthique et Patrimoine — page relue le 2026-09-15 — date de référence des règles : 2026-09-11.